" Gilberte, un peu grise, raconta pendant le repas les potins de son cours supplémentaire et gagna au piquet le porte-mine en or de Gaston. Il perdit de bonne grâce, s'anima, rit en désignant la petite à Mme Alvarez : "Mon meilleur copain, le voilà!" Et les yeux espagnols de Mme Alvarez, allaient, pleins d'une lente et vigilante attention, des joues rouges et des dents blanches de Gigi au fils Lachaille qui lui tirait les cheveux à poignées : "Bougresse! Tu l'avais dans ta manche, le quatrième roi!".
Andrée rentra de l'Opéra comique sur ces entrefaites, regarda la tête décoiffée de Gigi qui roulait sur la manche de Lachaille, et les beaux yeux bleu d'ardoise qui pleuraient des larmes de fou-rire..."
[...]
" Le moi de mai, qui ramena a Paris Gaston Lachaille, dota Gilberte de deux robes bien faites et d'un manteau léger [...]. Elle parada devant Gaston dans une robe blanche et bleue, qui touchait presque terre. La minceur de sa taille, sanglée dans un ruban gros-grain à boucle d'argent, l'enorgueillissait. Mais elle essayait machinalement de libérer son beau cou musclé, pris dans un col baleiné. "Tu as l'air d'un singe savant, lui dit Lachaille. Je t'aimais mieux dans ta robe écossaise. Avec ce col qui te gêne, tu ressembles à une poule qui a avalé du maïs trop gros, regarde toi. " Froissée, Gilberte s'en rapporta au miroir. Un gros caramel, venu de Nice par les soins de Gaston, lui faisait la joue bossue. " J'ai beaucoup entendu parler de vous, tonton, répliqua-t-elle, mais je n'ai jamais entendu qu'en fait de toilette vous aviez du goût." "Jolie éducation! Je vous en fait mon compliment!' Là-dessus, il sortit sans boire sa camomille. "
[...]
" Comme Gaston Lachaille ne disait rien et la regardait, elle rougit lentement, posa sa bottine sur la table et tira sa jupe sur ses genoux. "J'ai a parler à ta grand mère [dit] Gaston Lachaille. File dans ta chambre Gigi!"
Elle resta un moment la bouche entrouverte puis sauta de son tabouret. Elle enfla son cou puissant d'archange et marcha sur Lachaille : "File dans ta chambre! File dans ta chambre! Et si je vous en disais autant, moi?"
[...]
"A quatre heures précises, Gaston Lachaille sonna trois fois. Un visage enfantin et soucieux entrebâilla la porte de la chambre et écouta. Elle se frotta les joues de ses deux poings fermés et courut ouvrir la porte.
- Bonjour, tonton Gaston
- Tu ne voulais donc pas m'ouvrir, mauvaise?
Elle s'assis en face de lui, tira sa jupe sur ses genoux et ils se regardèrent. La gamine assurance de Gilberte défaillit, une sorte de supplication agrandit follement ses yeux bleus.
-Qu'est-ce que tu as Gigi? demanda Lachaille à mi-voix. Tu ne veux pas ou tu veux bien?
-Je ne veux pas, dit-elle
Lachaille pinça entre deux doigts les pointes de sa moustache et détacha un moment son regard de deux yeux bleus assombris, d'un grain de rousseur sur une joue rose, des cils courbes, d'une bouche qui ignorait son pouvoir, d'une lourde chevelure cendrée et d'un cou tourné comme une colonne, fort, à peine féminin, uni, pur de tout joyau...
-Dis-moi seulement ce que tu ne veux pas. Tu peux dire aussi ce que tu veux,... je te le donnerai...
Il acquiesça, en abattant ses épaules comme s'il était recru de fatigue. Elle regardait, surprise, ces aveux de la lassitude et du tourment. [...]
Elle tortillait machinalement autour de son nez, une mèche de ses cheveux, si bien qu'elle nasillait et que le bout de son nez devenait violet.
- Très jolie petite vie, en effet, interrompit Gaston Lachaille. Tu n'oublies qu'une choses, Gigi, c'est que je suis amoureux de toi.
Elle restait debout devant lui, silencieuse et respirant vite. Son embarras ne dérobait rien d'elle, ni le double battement de sa gorge sous l'étroit corsage, ni une rougeur meurtie en haut de ses joues, ni la palpitation de sa bouche, close mais destinée à s'ouvrir et à savourer...Elle éclata en sanglots violents qui firent autant de bruit qu'une quinte de toux. Gaston la ceignit de ses bras pour l'incliner vers lui comme une branche, mais elle lui échappa et se réfugia entre le piano et le mur. Elle s'aveuglait de ses deux poings qu'elle écrasait sur ses yeux. Gaston l'avait rejointe et cherchait, sur ce visage bien défendu, la place d'un baiser. "
[...]
"Elle tira machinalement sa jupe, assura la boucle de sa ceinture et marcha jusqu'à Gaston : "J'ai réfléchi, tonton, j'ai même beaucoup réfléchi.
Il l'interrompit, pour l'empêcher de dire ce qu'il redoutait d'entendre : "Je te jure, ma Gigi chérie...
- Non, ne me jurez pas. J'ai réfléchi que j'aimais mieux être malheureuse avec vous que sans vous. Alors... Alors... Voilà. Bonjour... Bonjour Gaston.
Elle lui tendit sa joue comme d'habitude. Il l'embrassa un peu plus longtemps que d'habitude, jusqu'à ce qu'il la sentît devenir attentive, puis immobile et douce dans ses bras. Mme Alvarez parut vouloir s'élancer, mais la petite main impatiente d'Alice la retint. Elle montrait Gigi qui reposait, sur l'épaule de Lachaille, sa tête confiante et la richesse de ses cheveux épars.
L'homme heureux se tourna vers Madame Alvarez : " Mamita, dit-il, voulez vous me faire l'honneur, la faveur, la joie infinie de m'accorder la main..."
Andrée rentra de l'Opéra comique sur ces entrefaites, regarda la tête décoiffée de Gigi qui roulait sur la manche de Lachaille, et les beaux yeux bleu d'ardoise qui pleuraient des larmes de fou-rire..."
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" Le moi de mai, qui ramena a Paris Gaston Lachaille, dota Gilberte de deux robes bien faites et d'un manteau léger [...]. Elle parada devant Gaston dans une robe blanche et bleue, qui touchait presque terre. La minceur de sa taille, sanglée dans un ruban gros-grain à boucle d'argent, l'enorgueillissait. Mais elle essayait machinalement de libérer son beau cou musclé, pris dans un col baleiné. "Tu as l'air d'un singe savant, lui dit Lachaille. Je t'aimais mieux dans ta robe écossaise. Avec ce col qui te gêne, tu ressembles à une poule qui a avalé du maïs trop gros, regarde toi. " Froissée, Gilberte s'en rapporta au miroir. Un gros caramel, venu de Nice par les soins de Gaston, lui faisait la joue bossue. " J'ai beaucoup entendu parler de vous, tonton, répliqua-t-elle, mais je n'ai jamais entendu qu'en fait de toilette vous aviez du goût." "Jolie éducation! Je vous en fait mon compliment!' Là-dessus, il sortit sans boire sa camomille. "
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" Comme Gaston Lachaille ne disait rien et la regardait, elle rougit lentement, posa sa bottine sur la table et tira sa jupe sur ses genoux. "J'ai a parler à ta grand mère [dit] Gaston Lachaille. File dans ta chambre Gigi!"
Elle resta un moment la bouche entrouverte puis sauta de son tabouret. Elle enfla son cou puissant d'archange et marcha sur Lachaille : "File dans ta chambre! File dans ta chambre! Et si je vous en disais autant, moi?"
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"A quatre heures précises, Gaston Lachaille sonna trois fois. Un visage enfantin et soucieux entrebâilla la porte de la chambre et écouta. Elle se frotta les joues de ses deux poings fermés et courut ouvrir la porte.
- Bonjour, tonton Gaston
- Tu ne voulais donc pas m'ouvrir, mauvaise?
Elle s'assis en face de lui, tira sa jupe sur ses genoux et ils se regardèrent. La gamine assurance de Gilberte défaillit, une sorte de supplication agrandit follement ses yeux bleus.
-Qu'est-ce que tu as Gigi? demanda Lachaille à mi-voix. Tu ne veux pas ou tu veux bien?
-Je ne veux pas, dit-elle
Lachaille pinça entre deux doigts les pointes de sa moustache et détacha un moment son regard de deux yeux bleus assombris, d'un grain de rousseur sur une joue rose, des cils courbes, d'une bouche qui ignorait son pouvoir, d'une lourde chevelure cendrée et d'un cou tourné comme une colonne, fort, à peine féminin, uni, pur de tout joyau...
-Dis-moi seulement ce que tu ne veux pas. Tu peux dire aussi ce que tu veux,... je te le donnerai...
Il acquiesça, en abattant ses épaules comme s'il était recru de fatigue. Elle regardait, surprise, ces aveux de la lassitude et du tourment. [...]
Elle tortillait machinalement autour de son nez, une mèche de ses cheveux, si bien qu'elle nasillait et que le bout de son nez devenait violet.
- Très jolie petite vie, en effet, interrompit Gaston Lachaille. Tu n'oublies qu'une choses, Gigi, c'est que je suis amoureux de toi.
Elle restait debout devant lui, silencieuse et respirant vite. Son embarras ne dérobait rien d'elle, ni le double battement de sa gorge sous l'étroit corsage, ni une rougeur meurtie en haut de ses joues, ni la palpitation de sa bouche, close mais destinée à s'ouvrir et à savourer...Elle éclata en sanglots violents qui firent autant de bruit qu'une quinte de toux. Gaston la ceignit de ses bras pour l'incliner vers lui comme une branche, mais elle lui échappa et se réfugia entre le piano et le mur. Elle s'aveuglait de ses deux poings qu'elle écrasait sur ses yeux. Gaston l'avait rejointe et cherchait, sur ce visage bien défendu, la place d'un baiser. "
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"Elle tira machinalement sa jupe, assura la boucle de sa ceinture et marcha jusqu'à Gaston : "J'ai réfléchi, tonton, j'ai même beaucoup réfléchi.
Il l'interrompit, pour l'empêcher de dire ce qu'il redoutait d'entendre : "Je te jure, ma Gigi chérie...
- Non, ne me jurez pas. J'ai réfléchi que j'aimais mieux être malheureuse avec vous que sans vous. Alors... Alors... Voilà. Bonjour... Bonjour Gaston.
Elle lui tendit sa joue comme d'habitude. Il l'embrassa un peu plus longtemps que d'habitude, jusqu'à ce qu'il la sentît devenir attentive, puis immobile et douce dans ses bras. Mme Alvarez parut vouloir s'élancer, mais la petite main impatiente d'Alice la retint. Elle montrait Gigi qui reposait, sur l'épaule de Lachaille, sa tête confiante et la richesse de ses cheveux épars.
L'homme heureux se tourna vers Madame Alvarez : " Mamita, dit-il, voulez vous me faire l'honneur, la faveur, la joie infinie de m'accorder la main..."
